Apprendre par la mobilité: job shadowing en Irelande

Une des spécificités de notre association est de travailler, bien sûr, à l’international, mais nous portons aussi, avec fierté, le nom d’Association franco-polonaise. Cela signifie que nous avons une partie de l’animation dans notre ADN qui est destinée à l’éducation interculturelle, notamment à travers des animations franco-polonaises, des activités qui doivent être proposées en français et en polonais, et qui doivent créer du lien entre les personnes, entre les cultures et entre les langues.

Notre association existe depuis les années 1980. Parfois, nous avons l’impression que tout a déjà été fait, déjà réalisé. Il devient alors compliqué de se réinventer, de proposer de nouvelles choses. Ce n’est pas toujours facile, pour les bénévoles comme pour les professionnels, de ne pas avoir l’impression de faire toujours la même chose.

D’où l’importance de faire venir de nouvelles personnes dans l’association, d’apporter du sang neuf. Cela fonctionne toujours. Notre volonté est de nous renouveler, afin que les bénévoles trouvent leur place et puissent proposer de nouvelles idées.

Nous souhaitons également que les enfants retrouvent une ambiance polonaise lorsqu’ils viennent participer à nos animations. Mais l’animation ne s’improvise pas. Au contraire, elle se prépare. C’est pour cela que nous avons décidé d’envoyer nos membres en mobilité en Irlande : pour qu’ils puissent apprendre, observer et s’inspirer.

En avril, deux membres de notre association – un bénévole et une salariée – sont partis en Irlande pour rencontrer l’association Klub Twórczego Myślenia, qui fonctionne à Limerick.Nous avions rencontré cette structure dans le cadre d’une formation en Pologne destinée aux leaders de la diaspora polonaise. Cette formation avait réuni une vingtaine de représentants de structures polonaises venant de toute l’Europe.

Apprendre par la mobilité Erasmus+ en Irlande
Immersion dans la langue et la culture polonaises

Observer, comprendre, s’inspirer

L’objectif de notre déplacement en Irlande était d’analyser les outils d’animation utilisés par cette association et de voir comment elle fonctionne auprès de la population polonaise, très dynamique en Irlande depuis l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne.

Une importante population polonaise s’est installée en Irlande après 2004. Beaucoup de jeunes sont arrivés, parfois avec leurs parents. Ils travaillent, s’engagent dans la vie locale et contribuent à construire des ponts culturels entre les deux pays, en rapprochant deux cultures qui ont finalement de nombreux points communs, notamment sur le plan religieux et historique.Les Polonais peuvent parfois se retrouver dans certains éléments du vécu irlandais.

Mais revenons à nos moutons : notre objectif était surtout de voir comment cette association fonctionne, quelles animations elle met en place et comment elle mobilise les membres de sa communauté, alors qu’en France, nous constatons une baisse de l’engagement associatif.

Pendant trois jours, nous avons surtout eu des rencontres, des discussions et des échanges d’expériences. Trois jours pour observer, poser des questions et chercher de l’inspiration. La structure irlandaise organise notamment un concours Polonais Remarquable en partenariat avec une grande structure en Pologne. La remise des prix se fait à l’ambassade et donne lieu à une fête réunissant toute la communauté. C’est un outil qui permet, indirectement, de mobiliser la communauté locale. Nous avons également découvert toutes les étapes et les péripéties liées à l’organisation du festival polonais de Limerick, organisé en juin avec la ville. Une idée que nous n’avions jamais réellement exploitée jusqu’à présent !

Deux personnes partent, toute l’association apprend

Nous sommes partis à deux : une coordinatrice responsable des animations franco-polonaises et un bénévole qui apprend le polonais. Cette combinaison a constitué une vraie valeur ajoutée, à la fois dans l’apprentissage du polonais et dans celui de l’anglais.

Alors, quel bilan ?

Nous nous sommes rendu compte que nous rencontrons finalement des problèmes assez similaires. Dans une Europe numérique, nous faisons beaucoup de choses de manière comparable : invitations, communication, mobilisation des participants, organisation d’événements, etc.

Nous avons toutefois eu l’impression que le succès de l’Irlande et la capacité à mobiliser les participants reposaient en grande partie sur l’implication des Polonais dans la vie des écoles polonaises du samedi, qui proposent l’enseignement de la langue polonaise.

Cet engagement se transfère ensuite, en quelque sorte, vers d’autres domaines liés à la culture polonaise : organisation du festival, port de costumes traditionnels, danses autour du feu, etc.

Il existe également des différences que nous pourrions qualifier de culturelles, liées notamment à ce que l’on appelle en Pologne la « nouvelle émigration ». Cela se voit notamment dans la pyramide des âges.

Alors oui, il y a des ressemblances et des différences. Mais vous allez peut-être nous demander : qu’est-ce que cela change ?

Et concrètement, qu’est-ce que cette mobilité a apporté à notre association ?

Qu’est-ce que le déplacement de deux personnes peut réellement apporter à une association ?

J’arrive avec l’explication ! Tout d’abord, les connaissances acquises en Irlande ont contribué à une meilleure préparation du festival polonais que nous avons organisé pour la première fois à Saint-Quay-Portrieux. Ce sont justement ces bénévoles qui ont joué un rôle central dans l’organisation de l’événement.

Les connaissances et les idées rapportées d’Irlande se sont également traduites par une meilleure organisation et une meilleure collaboration avec les autorités locales, non seulement à Saint-Quay-Portrieux, mais également à Saint-Brieuc, notamment lors de l’accueil d’une délégation polonaise en juin. Nous avons également renforcé notre travail avec les familles des enfants qui fréquentent notre école polonaise du samedi.

Les premiers effets sont déjà visibles.

Les ateliers de motanki que nous avons organisés ont été l’occasion de faire travailler ensemble les mamans et les enfants. L’une des mamans est ensuite venue à Saint-Quay-Portrieux pour nous aider à organiser le festival. Une autre a réalisé, pendant ce même festival, une exposition de ses peintures. De son côté, notre école polonaise du samedi se prépare à accueillir davantage d’enfants pour la prochaine année scolaire.

Transposer les bonnes pratiques

Nous préparons également un grand événement dans le cadre de la Saison polonaise en France, à Dinard. Là encore, nous avons essayé de transposer certaines bonnes pratiques observées en Irlande aux réalités françaises.

C’est aussi cela, pour nous, l’intérêt d’un job shadowing : il ne s’agit pas de copier ce que fait une autre structure. Il s’agit de regarder comment elle fonctionne, de comprendre pourquoi certaines choses fonctionnent chez elle et de réfléchir à ce que nous pouvons adapter à notre propre contexte.

Il y a enfin un autre résultat très concret.

Avec l’organisation irlandaise, ainsi qu’avec d’autres partenaires, nous avons déposé un projet européen dans le domaine de la jeunesse. Et le projet a été accepté !

Alors, pour reprendre une expression bien connue : la coopération, ça paie !

Une mobilité qui continue après le retour

Au final, cette mobilité n’a pas seulement permis à deux personnes de partir trois jours en Irlande.Elle a produit des idées, des contacts, de nouvelles pratiques et surtout une nouvelle énergie. L’énergie née des rencontres, du job shadowing et des échanges entre bénévoles de ces deux régions celtiques continue à produire des effets dans notre association.

Elle nous donne envie de proposer de nouveaux événements, de travailler davantage avec les familles, d’impliquer les bénévoles et de chercher de nouvelles formes d’animation.C’est peut-être cela, finalement, la force d’une mobilité Erasmus+ dans l’éducation des adultes : apprendre ne signifie pas seulement acquérir de nouvelles connaissances. Apprendre, c’est aussi regarder autrement ce que l’on fait déjà.

Et parfois, il suffit de partir quelques jours, de rencontrer une autre association et de voir comment elle fonctionne pour revenir avec l’envie de faire différemment.Petit à petit, brique après brique, ces expériences permettent de construire et de développer non seulement notre association, mais aussi les liens entre les personnes, les cultures et les territoires européens dans lesquels nous vivons.

** Cette mobilité a été rendue possible grâce au programme Erasmus+ et à l’accréditation coordonnée par le CAWM. Merci à l’équipe de Klub Twórczego Myślenia
pour leur accueil chaleureux.