Apprendre par la mobilité : quand Erasmus+ devient un levier pour l’éducation des adultes

Peut-on réellement changer sa manière de travailler en retournant, à l’âge adulte, dans une situation d’apprentissage ? L’expérience d’une mobilité Erasmus+ montre que oui. Mais surtout, elle montre que les bénéfices d’une formation ne s’arrêtent pas à la personne qui y participe : les compétences acquises peuvent également renforcer toute une organisation.

Deux bénévoles du Conseil d’administration du RESIA – Réseau Éducation Solidarités Internationales Armor ainsi que le membre de notre association – ont participé à une formation d’anglais de cinq jours à Porto. Cette mobilité s’inscrivait dans le cadre d’une dynamique européenne portée avec des partenaires italiens et polonais.

Une langue étrangère devenue une compétence professionnelle

Dans le secteur associatif et dans les organisations engagées dans des projets européens, l’anglais n’est plus simplement une compétence supplémentaire. Il devient un véritable outil de travail : communiquer avec des partenaires étrangers, participer à des réunions internationales, échanger par écrit ou encore contribuer à la construction de nouveaux projets.Pour l’une des participantes, la difficulté ne venait pas d’une absence totale de connaissances. Son niveau d’anglais était plutôt académique et scolaire, mais elle avait peu pratiqué la langue depuis plusieurs années.

La situation était donc paradoxale : connaître les règles et le vocabulaire ne suffisait pas à se sentir capable de communiquer spontanément. Téléphoner en anglais, prendre la parole dans une conversation ou échanger avec des partenaires internationaux représentait encore une véritable difficulté.

Cette expérience rappelle une réalité essentielle de l’éducation des adultes : apprendre ne consiste pas seulement à acquérir des connaissances. Il faut également pouvoir les mobiliser dans des situations concrètes.

 

Immersion dans la langue et la culture polonaises
Deux bénévoles du Conseil d’administration du RESIA

Réapprendre à parler… et à oser

La formation proposée à Porto privilégiait l’oral et l’anglais du quotidien. Pendant cinq jours, les participants ont été plongés dans un environnement où l’écoute et la pratique occupaient une place centrale. Les quatre heures de cours quotidiennes étaient complétées par de nombreux échanges informels.

Cette immersion a permis de mieux comprendre les expressions courantes, de se familiariser avec différents accents et surtout de retrouver progressivement la confiance nécessaire pour prendre la parole.

L’un des effets les plus significatifs de cette expérience a été la capacité à penser directement en anglais, sans chercher systématiquement à traduire mentalement une expression française.

Ce changement peut sembler modeste. Pourtant, pour un adulte qui a perdu l’habitude de pratiquer une langue étrangère, il constitue une étape importante : la langue cesse progressivement d’être uniquement un objet d’apprentissage pour devenir un véritable outil de communication.

Être soi-même en situation d’apprenant

La mobilité a également permis une expérience particulièrement intéressante pour des personnes qui accompagnent habituellement d’autres publics dans leurs apprentissages.Pendant quelques jours, elles ont elles-mêmes retrouvé la position de l’apprenant : ne pas comprendre immédiatement, chercher ses mots, hésiter, faire des erreurs, demander à son interlocuteur de répéter. Cette expérience permet de porter un autre regard sur les personnes accompagnées dans les dispositifs d’éducation ou de formation. Elle rappelle notamment que la difficulté d’apprentissage est aussi une question de confiance en soi. La peur de faire une erreur peut devenir un frein aussi important que le manque de connaissances.

Pour l’éducation des adultes, cela pose une question essentielle : comment créer des environnements d’apprentissage dans lesquels l’erreur est considérée comme une étape normale du processus et non comme un échec ?

Six pays, une langue commune

La formation a réuni des participants de six pays : la Pologne, la Lettonie, l’Espagne, la Bulgarie, la Roumanie et la France. Pour aucun d’entre eux, l’anglais n’était la langue maternelle. Les accents étaient différents, les manières de s’exprimer également. Pourtant, au fil des cinq jours, la compréhension mutuelle est devenue plus facile. Cette diversité a constitué un véritable espace d’apprentissage interculturel. L’anglais devenait une sorte de terrain linguistique commun, permettant à chacun de communiquer malgré des parcours et des niveaux différents. Cette situation montre également qu’une communication internationale efficace ne repose pas nécessairement sur une maîtrise parfaite de la langue. L’écoute, la patience, la reformulation et la volonté de comprendre l’autre sont tout aussi importantes.

Apprendre des autres pour mieux comprendre son propre métier

Les participants venaient de milieux professionnels différents, notamment de l’enseignement et du secteur social. Les échanges ont permis de découvrir des parcours et des réalités différentes, mais aussi de constater que certaines préoccupations étaient largement partagées.La digitalisation des apprentissages et la manière de susciter l’intérêt des adolescents pour les activités éducatives figuraient notamment parmi les sujets qui ont émergé dans les discussions. Les échanges professionnels sont toutefois restés limités par le niveau linguistique collectif. C’est précisément ce constat qui ouvre une perspective intéressante : une deuxième étape pourrait permettre d’aller plus loin dans la comparaison des pratiques professionnelles, maintenant que les participants se connaissent et disposent d’une plus grande aisance linguistique.

La mobilité devient alors un processus progressif : une première expérience permet de construire les bases linguistiques et relationnelles nécessaires à des apprentissages plus approfondis.

De la compétence individuelle à la capacité collective

L’un des enjeux majeurs d’une mobilité Erasmus+ est ce qui se passe après le retour.Une mobilité ne devrait pas rester une expérience individuelle, inscrite uniquement dans le parcours de la personne qui est partie. Elle peut devenir une ressource pour toute l’organisation. Dans le cas du RESIA, l’amélioration de la communication en anglais facilite les échanges avec les partenaires européens et renforce la capacité de l’association à participer à des projets internationaux.

La mobilité contribue ainsi à développer plusieurs niveaux de compétences :

  • la confiance individuelle ;
  • les compétences linguistiques ;
  • la capacité à communiquer dans un contexte interculturel ;
  • l’ouverture à de nouvelles pratiques professionnelles ;
  • la capacité de l’organisation à développer des partenariats européens.

Pour une petite structure associative, cet effet collectif est particulièrement important. Le développement des compétences d’une personne peut contribuer directement à renforcer la capacité d’action de l’ensemble de la structure.

L’éducation des adultes ne s’arrête pas à la salle de formation

Cette expérience de mobilité rappelle que l’apprentissage des adultes peut prendre des formes multiples. Il y a bien sûr l’apprentissage formel, à travers les cours d’anglais.

Mais il existe également :

  • l’apprentissage non formel, à travers les activités et les interactions de groupe ;
  • l’apprentissage informel, dans les situations quotidiennes ;
  • l’apprentissage interculturel, grâce à la rencontre avec des personnes d’autres pays ;
  • l’apprentissage expérientiel, à travers la confrontation à des situations nouvelles.

La ville d’accueil elle-même devient un espace d’apprentissage. Les repas, les déplacements, les conversations et les rencontres prolongent les apprentissages réalisés en salle.

C’est précisément cette continuité entre formation et expérience qui donne à la mobilité européenne une valeur particulière dans le domaine de l’éducation des adultes.

Erasmus+ : apprendre pour pouvoir agir

L’expérience de Porto montre finalement que la mobilité Erasmus+ ne doit pas être réduite à un déplacement ou à une formation linguistique.

Elle constitue une situation d’apprentissage globale, dans laquelle les participants développent des compétences linguistiques, relationnelles, interculturelles et professionnelles. lle permet également de retrouver une posture d’apprenant, de prendre conscience des difficultés rencontrées par les adultes en formation et de comprendre l’importance de la confiance en soi dans tout processus d’apprentissage.Surtout, elle peut donner à une personne l’envie d’oser davantage : prendre la parole, communiquer avec un partenaire étranger, participer à un projet européen ou simplement accepter de ne pas tout maîtriser immédiatement.

Dans l’éducation des adultes, apprendre signifie aussi retrouver la capacité d’agir.

C’est peut-être là l’un des apports les plus importants d’Erasmus+ : permettre à des adultes de sortir de leur zone de confort, d’apprendre autrement et de transformer une expérience individuelle en une nouvelle capacité collective à coopérer, à transmettre et à construire des projets européens.

Immersion dans la langue et la culture polonaises
l’apprentissage non formel