Escapade en Pologne

5–9 mai 2026 · Saint-Quay-Portrieux, Bretagne

Une semaine de cinéma, musique, littérature, art et saveurs polonais sur la côte bretonne
Arpège des Arts & Association Franco-Polonaise Côtes d'Armor–Warmie-Mazurie

Que se passe-t-il lorsqu'une petite ville bretonne au bord de la mer ouvre ses portes à la Pologne pendant une semaine entière ? Cinq jours de films, de concerts, de littérature, de cuisine et d'artisanat — et des rencontres qui rappellent pourquoi la culture voyage si bien par-delà les frontières.

Une semaine née d'une amitié

Escapade en Pologne s'est tenue dans un contexte particulier : celui du premier anniversaire du Traité d'amitié et de coopération renforcée entre la Pologne et la France. Ce jalon diplomatique a donné à la semaine une résonance plus profonde, et offert un cadre naturel à cinq jours d'échanges culturels sur la côte bretonne.

Le festival a été co-organisé par Yveline Bodin, présidente d'Arpège des Arts, et son équipe de bénévoles dévoués, ainsi que par Philippe Gendre, président de l'ACAWM, deux coordinatrices, et les membres de l'Association Franco-Polonaise Côtes d'Armor–Warmie-Mazurie (ACAWM). C'est leur engagement, des mois de préparation et leur passion pour le dialogue franco-polonais qui ont rendu cette semaine possible.

Ouvrir le dialogue : conférence et témoignage

L'après-midi du mercredi au Centre de Congrès a donné le ton intellectuel de l'ensemble du festival. La séance a été introduite par Mme Patrycja Marcinkowska, Vice-Consule de Pologne, dont la présence a conféré à l'après-midi à la fois une distinction officielle et une chaleur sincère.

L'après-midi s'est ouvert par le témoignage d'Anna Kropiowska, artiste polonaise installée à Saint-Quay-Portrieux, qui a évoqué en quelques mots sa vie entre deux pays et le lien profond qu'elle a tissé avec la Bretagne.

Elle a été suivie par Agnieszka Moniak-Azzopardi, professeure à l'Université de Rennes 2, dont la conférence « La Pologne aujourd'hui » a offert au public un portrait riche et convaincant d'un pays en mouvement. S'appuyant sur son expertise de la société polonaise contemporaine et de la géopolitique, elle a retracé la transformation de la Pologne en pivot stratégique entre l'Est et l'Ouest — dynamique sur le plan économique, croissante en visibilité internationale, et de plus en plus centrale dans le débat européen. Son analyse a embrassé aussi bien les performances économiques du pays et son rôle au sein de l'OTAN et de l'UE que la vie quotidienne, la vitalité culturelle et la mémoire historique complexe. Le public est reparti avec l'image d'une Pologne bien plus nuancée — et bien plus intéressante — que ce que les grands titres laissent habituellement entrevoir. La conférence a suscité un débat animé, qui s'est prolongé bien au-delà de la session officielle.

Agnieszka Moniak-Azzopardi, professeure à l'Université de Rennes 2,
la conférence « La Pologne aujourd'hui »
Thierry Simelière, Philippe Gendre, Patrycja Marcinkowska, Vice-Consule de Pologne, Agnieszka Moniak-Azzopardi, Yveline Bodin, Anna Kropiowska

Les mots sans frontières : un après-midi littéraire

L'après-midi du jeudi a accueilli peut-être l'événement le plus intime de la semaine : une rencontre littéraire à la Librairie Le Fanal, lors de laquelle les membres de notre association ont initié un groupe de lecteurs français à cinq figures majeures de la littérature polonaise.

Kapuściński, Tokarczuk, Gombrowicz, Sienkiewicz — des noms qui pouvaient être inconnus à l'arrivée, mais qui ont laissé une empreinte claire à la fin de l'après-midi. L'échange fut chaleureux, curieux et sans hâte — preuve, s'il en fallait, que les mots n'ont pas besoin de passeport.

La Pologne à l'écran : deux films, deux univers

Le cinéma a occupé deux soirées du festival, et les deux films réunis ont offert un aperçu saisissant de l'étendue du cinéma polonais.

Le festival a débuté au Cinéma Arletty avec la projection des Fleurs bleues (2017), d'Andrzej Wajda — portrait de la figure du grand peintre d'avant-garde Władysław Strzemiński et de son refus de se soumettre au réalisme socialiste imposé par le Parti communiste. Avant la projection, une coordinatrice de l'ACAWM a proposé une introduction consacrée à Wajda et au contexte de création du film. Cette soirée revêtait également une signification toute particulière : 2026 marque le 100e anniversaire de la naissance d'Andrzej Wajda, faisant de cette projection un hommage opportun à l'une des plus grandes voix du cinéma polonais.

Quelques jours plus tard, la même salle accueillait Les Paysans (2023) — avec un tout autre effet. Ce film d'animation extraordinaire — chaque image littéralement peinte à la main — a visiblement touché le public breton. Les références picturales aux grands maîtres de la peinture polonaise et européenne récompensaient les regards attentifs, tandis que l'histoire d'une femme tiraillée entre liberté et pression sociale touchait à quelque chose de profondément universel. Un film dont on emporte l'image bien longtemps après avoir quitté la salle.

Un soir inoubliable : dîner et chanson

Le mercredi soir, le rendez-vous a quitté la salle de conférence pour passer à table. Au Restaurant La Coquille, un dîner à guichets fermés a réuni gastronomie polonaise et musique en direct — que de nombreux participants ont décrit comme le moment fort de leur semaine.

Le menu — bigos, croquettes, babka — a recueilli de sincères éloges. Le concert théâtral de Natalia et Malvin, qui a accompagné le repas, a fait voyager le public à travers six décennies de musique populaire polonaise, des années 1960 à nos jours. À travers des chansons emblématiques ayant façonné l’âme et l’identité de tout un peuple, les spectateurs ont vécu un moment riche en émotions. Énergie, souvenirs et, peut-être, quelques larmes de nostalgie ont envahi la salle.

Racontres Litteraires, Yvelin Bodin, Jean Lucas, Anna Wroniewicz, Sylwia Rusak
Natalia et Malvin

Art, saveurs et création manuelle

L'expo-vente du vendredi après-midi au Centre de Congrès a offert un festin pour les yeux et pour le palais : les peintures abstraites et envoûtantes d'Ewa Nowak, les gouaches poétiques de Sylwia Rusak — inspirées du wycinanki, art populaire traditionnel polonais — et les spécialités de Cœur de Pologne, épicerie fine polonaise qui a permis aux visiteurs de goûter autant qu'admirer. L'entrée était libre, et la salle bourdonnait de conversations.

L'après-midi du samedi a apporté un autre type de créativité : l'Atelier Motanki, tenu à la Salle de l'ancienne mairie et ouvert à tous les âges. Les participants ont créé leur propre Petit Cheval Solaire — un petit talisman ancré dans la tradition slave, où le cheval est un animal sacré lié au Soleil, symbole d'énergie, de courage et de nouveaux commencements.

Dans le cadre du projet Erasmus+ FABRIC, cofinancé par l'Union européenne, organisé à l'occasion de la Fête de l'Europe et en partenariat avec Europe Côtes d'Armor, l'après-midi s'est élargi en une célébration des valeurs européennes communes : les participants ont couché sur papier leurs vœux et leurs espoirs pour l'avenir du continent. Petits et grands ont travaillé côte à côte.

Le soir qui a volé tous les cœurs : Scholares Minores

Si le festival a connu un sommet inoubliable, c'est bien le vendredi soir. Le concert de Scholares Minores pro Musica Antiqua de Poniatowa a été officiellement inauguré par Mme Patrycja Marcinkowska, Vice-Consule de Pologne, aux côtés de Thierry Simelière, Maire de Saint-Quay-Portrieux, d'Yveline Bodin, présidente d'Arpège des Arts, de Philippe Gendre, président de l'ACAWM, et d'Anna Karwat, directrice de Scholares Minores — un rassemblement qui témoignait à la fois de l'importance diplomatique de la soirée et de la profondeur de la collaboration qui avait rendu l'ensemble du festival possible.

Trente-deux jeunes musiciens, venus spécialement de Pologne en costumes d'époque, ont alors investi la scène du Centre de Congrès et transporté le public dans un voyage du Moyen Âge au Baroque. Chant, danse, jeu sur de multiples instruments — et même acrobaties. L'art était remarquable, l'énergie communicative, la grâce véritablement surprenante.

« Les enfants de Scholares Minores étaient extraordinaires — chantant, dansant, jouant de plusieurs instruments, et même réalisant des acrobaties. Un concert inoubliable. »

— Public du festival, Saint-Quay-Portrieux

La présence de Mme Marcinkowska lors de deux événements majeurs — la conférence et ce concert — a été profondément appréciée tant par les équipes organisatrices que par les artistes. Son engagement tout au long de la soirée a laissé une impression durable.

Atelier Motanki, Agnieszka Le Pappe, Madame MEslay, Sylwia Rusak
Mme Patrycja Marcinkowska, Vice-Consule de Pologne
Scholares Minores
Scholares Minores

Une clôture en douceur : Chopin à Sainte-Anne

Le festival s'est refermé là où il le méritait : dans le cadre de pierre intime de la Chapelle Sainte-Anne, où deux pianistes de Kielce — Anna Trzebińska et Artur Jaroń — ont interprété nocturnes, mazurkas et polonaises de Chopin, ainsi que des œuvres de Paderewski et de Roman Palester. La chapelle était comble. Si Chopin était une découverte attendue, Paderewski a constitué pour beaucoup une révélation inattendue : compositeur moins connu localement, mais dont la musique a visiblement enchanté le public et suscité de vives conversations après le concert.

Après une semaine de cinéma, de débats, de danse, de création et de chant, la chapelle offrait l'espace idéal pour souffler. Le public s'est assis en silence et a écouté. Et après le concert, la soirée s'est prolongée autour d'un repas polonais partagé — schabowy, szarlotka — et de jazz en live, pour une note finale douce et sans hâte.

Cinq jours. Deux associations co-organisatrices. Des dizaines d'artistes, d'intervenants, de musiciens et de bénévoles. Et un public à Saint-Quay-Portrieux qui est venu, est resté, a écouté, goûté, et créé de ses mains.

Escapade en Pologne a démontré quelque chose de simple, mais qui mérite d'être dit à voix haute : qu'une petite ville bretonne peut accueillir la culture d'un pays tout entier pendant une semaine, et en ressortir enrichie.

Thierry Simelière, Philippe Gendre, Patrycja Marcinkowska, Vice-Consule de Pologne, Agnieszka Moniak-Azzopardi, Yveline Bodin, Anna Kropiowska